Chroniques
Faire des affaires entre PME francophones du Canada
Je suis debout dans une salle pleine, à Calgary, en plein cœur de l'hiver albertain. Autour de moi, des cartes professionnelles passent de main en main. Des accents s'entremêlent : celui des Prairies, de l'Acadie, du Nord ontarien, des Territoires. J’observe des propriétaires de PME qui se croisent, échangent un sourire complice avant même de se serrer la main. Des kilomètres les séparent et, pourtant, ces personnes se comprennent à demi-mot. Parce qu’ici, la francophonie n’est pas une frontière, c’est un pont. Je suis au Rendez-vous d'affaires de Parallèle Alberta, en février dernier, et ce que je regarde se déployer dans cette salle, c’est la suite d'une histoire qui a commencé bien avant cette rencontre.
L'an dernier, des propriétaires de PME ont lancé un message simple au RDÉE NB et au CÉNB : « Comment relier les PME francophones, d'un bout à l'autre du pays ? » Pour cette communauté entrepreneuriale, exporter ne signifie pas viser seulement l'Europe ou les États-Unis. Pour plusieurs, c’est aussi vendre ses produits et ses services hors de sa province. Dans le contexte économique actuel, ce regard vers l’intérieur du pays n’a rien d'un repli, c’est une stratégie.
Et soyons honnêtes, faire affaire à l’intérieur du pays comporte des avantages bien concrets. Pas de droits de douane qui viennent gruger les marges, pas de taux de change qui fluctue du jour au lendemain, pas de barrières linguistiques à franchir. On discute dans la même langue, on partage des références culturelles communes, on comprend du premier coup ce que veut dire une cliente ou un client en Alberta ou une fournisseuse ou un fournisseur au Manitoba. Je vois ces atouts à l’œuvre, là, dans cette salle, à chaque poignée de main.
Pour comprendre comment nous sommes arrivés à cette salle pleine de Calgary, il faut revenir quelques mois en arrière, quand il fallait transformer la demande de la communauté entrepreneuriale en gestes concrets. Comment mettre ces PME en lien ? Qui fait quoi ? Et où ? Comment les rassembler et les jumeler pour que chacune ait la chance de rencontrer des partenaires potentiels ? La première étape consistait à trouver un événement économique francophone rassembleur. Le Rendez-vous d'affaires de Parallèle Alberta tombait à pic et c’était l'occasion en or d'y réunir la francophonie d'affaires de tout le pays. Et vous savez quoi ? Cela a très bien fonctionné. Plus d'une centaine de propriétaires de PME, venant de tous les coins francophones du Canada, s’y sont rassemblés pour, littéralement, brasser des affaires. Voilà ce que je regardais, ce matin-là à Calgary : le résultat tangible d'un pari réussi.
Devant un tel succès, impossible d’arrêter là. Il fallait continuer, porter l’idée plus loin et convaincre d'autres PME de se joindre au mouvement. Mais en entrepreneuriat, je le vois bien à chaque journée passée sur le terrain, le temps est rare. Vous travaillez dès que vous sortez du lit, et ce, jusqu’au moment où vous posez la tête sur l’oreiller. Comment présenter l’idée aux propriétaires de PME ? Un courriel, un message téléphonique laissé sur une boîte vocale ?
Avec l’équipe, nous avons osé une approche différente. Un appel, oui, mais pour demander s’il était possible d’aller à la rencontre des propriétaires chez eux, dans leur PME. Nous sommes entrés dans des ateliers, nous nous sommes assis à des tables de conférence, nous sommes allés derrière des comptoirs. Et laissez-moi vous dire que ce que nous avons vu nous a convaincus qu’il faut absolument refaire l'exercice. Les propriétaires que nous avons rencontrés étaient fiers de nous ouvrir les portes de leur PME, de partager leurs bons coups comme leurs préoccupations. Nous voyions cette fierté dans leur regard. Et c'est fascinant, leurs histoires. Il n'y en a pas une seule qui se ressemble.
C'est en sortant de ces visites qu’une évidence s’est imposée à nous. Les liens que les PME tissent entre elles sont essentiels, c'est vrai. Mais les liens entre le RDÉE NB, le CÉNB et chacune de ces PME le sont tout autant. Parce que pour bien jumeler, orienter et accompagner, il faut d’abord les connaître. Connaître les visages, les histoires, les ambitions, les défis du quotidien. C’est cette proximité-là qui nous permet ensuite de jouer pleinement notre rôle de pont entre une PME du Nouveau-Brunswick et une autre, à l’autre bout du pays. Sans cette relation directe avec vous, notre travail de mise en lien resterait théorique.
Alors, à toutes les PME francophones du Nouveau-Brunswick qui nous lisent, sachez ceci. Nous voulons continuer dans cette direction : tisser des liens entre vous et la communauté entrepreneuriale des autres provinces, et aller à votre rencontre, chez vous, là où vous bâtissez votre réussite. Parce que la francophonie économique pancanadienne, ce sont vos PME. Et l’avenir, nous le construisons ensemble, une porte ouverte à la fois.
Marie-Eve Michon
Directrice du RDÉE NB