Chroniques
Des budgets d’investissement ambitieux mais déficitaires pour 2026, un mal nécessaire pour soutenir l’économie ?
Le décalage à l’automne 2025 de l’adoption du budget fédéral nous permet de constater une similitude des orientations, avec celles pour le budget provincial (immobilisations). Le point commun est le niveau très élevé des investissements et l’importance du déficit. Dans une année dominée par les menaces des tarifs américains, et leurs impacts directs et indirects (les investissements privés ont ralenti du fait de l’incertitude économique), il n’est pas anormal que les gouvernements investissent. Cependant, il pose une question fondamentale, notre niveau d’endettement est-il soutenable, à court et à long terme ?
Le plan fédéral 2026, qualifié d’«historique» par le ministre des Finances François-Philippe Champagne, prévoit des investissements massifs dans les infrastructures et la défense. Toutefois, l’ampleur du déficit, estimé à 78,3 milliards de dollars, soulève des questions sur la trajectoire financière de la dette. Si on peut saluer les initiatives pour améliorer la productivité et diversifier l’économie canadienne, dont 3 milliards d’aides aux entreprises, principalement celles touchées par les tarifs, la préoccupation légitime est qu’on ne nous donne pas un plan de match pour retrouver l’équilibre budgétaire.
Concernant l’actuel budget provincial, qui prévoyait un déficit de 549 millions de dollars, dont 49 millions pour aider les entreprises faces aux tarifs, son dépassement budgétaire en cours est déjà de 835 millions de dollars, avant même la fin de l'exercice financier. Or, le ministre des Finances, René Legacy, a présenté le budget d’immobilisations 2026-2027 comme « plus important investissement en capital de l'histoire de notre province (1,47 milliard de dollars) ». Globalement, la province prévoit de dépenser plus de 200 millions de dollars de plus, en augmentant notamment son budget pour plusieurs ministères :
- Éducation et du Développement de la petite enfance : hausse de 49 millions de dollars
- Transports et des Infrastructures : hausse de 60 millions de dollars.
- Santé et Logement : hausse d'un peu plus de 21 millions de dollars.
Etant donné le retard de la province en matière d'infrastructures scolaires, de routes, de ponts, on ne peut pas blâmer le gouvernement d’avoir un niveau d’ambition trop élevé. Nous avons besoin de meilleures infrastructures de transport (routes, ponts, traversiers), de nouvelles écoles ou modernisées pour avoir des infrastructures scolaires sécuritaires, des infrastructures hospitalières ou cliniques mieux entretenues, pour améliorer l'accès aux soins, d’investir dans du logement social ou abordable pour aider les ménages et un effort de soutien à l'économie via les projets de construction et les aides face aux tarifs.
Certes, la taille du budget est impressionnante, mais l'important sera l'efficacité : quels projets concrets seront réalisés, dans quels délais, et avec quelle qualité. Il faudra bien observer la transparence sur les coûts réels, les ajustements (priorisation, retards) et l'équilibre entre les régions — pour éviter de creuser les inégalités entre zones urbaines et rurales. Par exemple, pour résorber les disparités dans les infrastructures régionales, il manque des précisions que le CENB prévoit d’obtenir auprès des ministres concernés.
Il existe un défi lié à la mise en œuvre. Un budget de capital ambitieux exige que les projets (itinéraires, écoles, logements) soient bien planifiés et exécutés. Retards, dépassements de coûts ou priorisation inadéquate risquent de nuire à l'efficacité des investissements. Sur cet aspect, après la 1ère année d’exercice du gouvernement Holt, nous demanderons des comptes au cabinet lors de notre prochaine rencontre en 2026.
Enfin, dans un contexte de déficit provincial, la province doit veiller à ne pas nuire à sa soutenabilité budgétaire à plus long terme : un investissement aujourd'hui ne doit pas devenir une charge financière demain. Le ratio dette/PIB net pourrait augmenter dans les années à venir. Des risques comme des incertitudes liées au commerce international (par exemple des tarifs) ou une croissance économique modeste pourraient affecter les recettes de la province, compliquant le financement des engagements futurs.
Jonathan Duffaud
PDG du CÉNB